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ANTALGIQUES ET GROSSESSE, les points essentiels

-          Très peu de médicaments antalgiques sont tératogènes.

-    La période classiquement la plus à risque de tératogénicité se situe entre le 31ème et le 72ème jour d’aménorrhée

-          Une bonne information sur l’usage possible d’antalgiques durant la grossesse permettra d’éviter les risques liés à une automédication

-          On informera avant tout sur les risques liés à l’usage des anti-inflammatoires non stéroïdiens (aspirine comprise), rappelant qu’ils sont contre-indiqués, y compris en traitement topique (local).

-          L’usage des opioïdes faibles ou forts est possible quel que soit le terme avec un recul plus grand pour certains (voir ci-dessous). Ils exposent le nouveau-né à un syndrome de sevrage lors de leur utilisation prolongée en fin de grossesse (15 derniers jours).

  SA

Paracétamol

Aspirine(1)

AINS

Codéine

Prednisone

Morphine

  2-12

possible

éviter

éviter

possible

possible

 

possible

13-20

possible

éviter

éviter

possible

possible en cure courte

Durée brève si possible

21-36

possible

NON

NON

possible

possible en cure courte

Durée brève si possible

> 37

possible

NON

NON

possible(1)

possible en cure courte

Durée brève si possible (2)

(1) : à dose antalgique              SA : semaine d’aménorrhée       (2) : risque de syndrome de sevrage

Le Paracétamol : possible -durant toute la grossesse et cela aux posologies habituelles.

Deux études (2011) suggèrent que la consommation de paracétamol à des doses importantes, prolongée (plusieurs semaines en particulier au cours du 2ième semestre de la grossesse), par les femmes enceintes entrainerait dans un certains nombre de cas un risque supérieur de cryptorchidie (une mauvaise descente des testicules dans le scrotum, augmentant à l’âge adulte le risque d’infertilité et de cancer du testicule), chez leurs enfants.

Ce risque serait majoré lorsque le paracétamol est associé à d’autres antalgiques.  Une consommation ponctuelle ne semble pas présenter ce risque.

L’Aspirine : comme les AINS, à éviter ou contre-indiqués

Risque malformatif avec doute sur risque de malformations cardiaques, hypospadias et fentes palatines

Risque de foetotoxicité cardiaque et rénale (idem AINS)

En fin de grossesse : expose à un risque de saignement lors de l’accouchement et contre-indique l’analgésie péridurale. Des hypoglycémies sont décrites chez le nouveau-né après prise d’aspirine par la mère.

Les AINS : à éviter ou contre-indiqués 

A l’exception des collyres, l’utilisation ponctuelle ou chronique de tous les AINS (y compris l’aspirine ≥ 500mg/j et les inhibiteurs de COX-2) est formellement contre-indiquée à partir du début du 6ème mois de grossesse (24 SA), quelle que soit leur voie d’administration même locale (cf. lettre Afssaps).

Si les données sont contradictoires sur le risque malformatif, elles sont indéniables sur la foetotoxicité (risque rénal - cardio-vasculaire : HTAP/fermeture prématurée du canal artériel)

 

Le néfopam (ACUPAN°): à éviter (données rassurantes mais peu fournies)

 

Les opiacés faibles (palier2 de l’OMS) : possibles durant toute la grossesse

On donnera une préférence à la codéine, ayant trop peu de données pour le tramadol même si aucun élément inquiétant n’a été signalé à ce jour

 

Les morphiniques (palier 3 de l’OMS): durée courte si possible

Pas de toxicité fœtale ni de risque malformatif décrits

Le risque de syndrome de sevrage lors de prescription en fin de grossesse, nécessite une surveillance appropriée du nouveau-né pendant les premiers jours de vie.

 

Autres (médicaments co-antalgiques) :

 

-          Antiépileptiques: En raison du risque de malformations (fentes labiales, malformations cardiovasculaires et du tube neural, spina bifida) à éviter, sauf en cas de nécessité absolue, si les bénéfices pour la mère l’emportent clairement sur les risques potentiels pour le fœtus.

(TEGRETOL° carbamazépine : tératogénicité établie)

(NEURONTIN° gabapentine, LYRICA° prégabaline : peu ou pas de données dans l’espèce humaine)

-          les benzodiazépines : possible mais…

Si aucun risque malformatif n’est à craindre, il existe un risque de diminution des mouvements actifs et une variabilité du rythme cardiaque du fœtus.

Par ailleurs le risque de dépression respiratoire, d’hypothermie, de majoration de l’hypotonie axiale, de syndrome de sevrage, lors de la prescription en fin de grossesse, nécessite une surveillance appropriée du nouveau-né pendant les premiers jours de vie. Donc l’information de l’équipe obstétricale et pédiatrique.

-          la caféine : possible mais…

(comme le tabac exposerait à un RCIU et aussi facteur d’anémie par diminution de l’absorption du fer)

-          béta bloquants : possible mais (risque possible de RCIU, nécessité surveillance écho)

-          antispasmodiques : possibles pendant toute la grossesse

-          corticoïdes : possibles pendant toute la grossesse

-          amitriptyline (LAROXYL°) : possible

 

 

Cas particulier des céphalées

 

En premier lieu, toujours écarter une céphalée secondaire (thrombophlébite cérébrale, HTA, éclampsie, sinusite etc…)

On constate souvent une amélioration de la maladie migraineuse durant la grossesse.

 

 migraine :

 

Toujours privilégier les méthodes non médicamenteuses de prise en charge de la douleur (repos au calme, applications froides, relaxation, hypno-analgésie, toucher massage, acupuncture…)

 

-          si crise :

+ paracétamol

+ pas d’AINS - Aspirine possible ponctuellement si < à 24 SA

+les corticoides en prise ponctuelle peuvent être utilisées pendant la grossesse pour le traitement d'une crise migraineuse sévère, résistante au paracetamol et au trt non médicamenteux.

+ sumatriptan (IMIGRANE°)  possible en 2ième intention même s’il n’y a pas encore beaucoup de données. (VIDAL : « Des données d'après commercialisation, provenant de l'utilisation du sumatriptan au cours du premier trimestre de la grossesse chez plus de 1000 femmes, sont disponibles. Bien que ces données soient insuffisantes pour tirer des conclusions définitives, elles ne montrent pas une augmentation du risque tératogène. L'expérience de l'utilisation du sumatriptan au cours des deuxième et troisième trimestres de la grossesse est limitée.

Les études chez l'animal n'indiquent pas d'effets tératogènes directs ou d'effets nuisibles sur le développement péri et postnatal. Toutefois, la viabilité embryofoetale peut être altérée chez le lapin (cf Sécurité préclinique).

En conséquence, l'administration de sumatriptan ne doit être envisagée que si le bénéfice

attendu pour la mère est supérieur aux risques possibles pour le fœtus ».

+Pour les autres triptans : L’utilisation pendant le 1ier trimestre n’est pas associée à une augmentation des malformations congénitales, par contre au 2ième et 3ième trimestres, on note une augmentation significative du risque d’atonie utérine et d’hemorragie pendant le travail, qui reste cependant léger. »  Nezvalova-heriksen K et al « Triptan duringpregnancy and the risk of major congenital malformations and adverse pregnancy outcomes : results from the Norwegian mother and child cohort study » Headache.2010Janv.28

+ Pour mémoire, les opioïdes faibles ne sont pas recommandés dans la crise de migraine.

 

Ne pas oublier qu’une oxygènothérapie 3 à 5 litres/minute, peut aider au soulagement des céphalées, même en dehors d’une algie vasculaire de la face pour laquelle son efficacité a été initialement démontrée.

 

-          pour le traitement de fond :                      

+ amitryptiline, propranolol : de préférence, notamment si désir d’allaitement

                  + métoprolol, pizotifène, oxétorone, indoramine : possibles

                  + flunarizine, méthysergide, topiramate : à éviter

Références : 

-    Le courrier de l’algologie : avril/mai/juin 2003.

-          CRAT : Centre de référence sur les agents tératogènes www.lecrat.org

 

 

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